En ces temps, quels refuges devrais-je avoir près de mon lit ? Ma mère avait l’habitude de regarder des épisodes de Star Trek pour s’endormir, le son du générique qui résonnait dans ma chambre est complètement imprimé dans ma tête maintenant. Mes pensées, aussi visuelles que sonores sont aussi fatigantes que de dormir à deux, fatigué, lorsque que l’autre veut baiser. J’ai toujours détesté entendre du son, voir de la lumière la nuit; c’est un miracle de ne rien sentir, ni pressions, ni réveil, ni fantasme sur mon succès en tant que le premier déscolarisé à être rentré dans la tête d’absolument tout le monde. Dormir c’est simuler la mort, et j’ai peur de la mort, donc je préfère dormir.
Le chauffeur de bus s’est trompé d’arrêt pour une raison que j'ignore toujours, je l’ai bien engueuler, j’aurai bien aimé l’écraser avec son putain de car. L’attente dans une gare est la chose la plus triste que l’on puisse faire à un être humain; le bruit; les enseignes de partout; l’odeur de tabac et de shit douteux; les enfants abandonnés d’amusements. Un souvenir me revient, c’était une après-midi où j’arrivais de gare de l’Est, malade comme un chien, à la recherche d’une pharmacie. Après avoir enfin trouvé un vaporub et donner mes derniers euros afin de pouvoir l’enrouler autours de mes narines, une vieille dame à l’allure très classy vient vers moi et me demande si ça serait possible de l'héberger; elle n’a même pas eu le temps de finir sa phrase que j’ai commencé à lui dire que je ne pouvais pas car je partais pour rentrer chez moi loin d’ici. Cette réponse aussi directe n’était là que pour l’unique raison de relever mon côté antipathique, le plus privilégié possible, quoique ? Cette nervosité instinctive vient du fait que j’étais complètement choqué, bêtement, naïvement qu’une femme d’une soixantaine d'années soit dans un tel état, et à quelle point ça a l'air d’être normal pour les autres et moi lors de mon interaction avec elle. À soixante ans, je me vois stérile, autant à l’intérieur de mon boxer/couche de nuit que artistiquement, j’aurais probablement déjà tout tenté et accepté le fait que le futur n’existera probablement jamais, du moins si les gens n’auront toujours pas compris que réformisme ne rime JAMAIS avec lutte des classes.
Comme une sorte de récompense, il y a encore quelques semaines, je regardais un épisode des Sopranos tous les soirs avant de dormir. C’était apaisant et il y avait toujours un côté cathartique à celà. J’étais seul avec des draps frais et j’adorais ça. Le pouvoir de la culpabilité vit tant, pour des actes justifiés ou pas là n’est pas la question; une partie de nous-mêmes va toujours justifier la chose afin de pouvoir survivre. C’est cette réflexion sur l’oubli qui me passionne tant dans les Sopranos, chaque personnage se ment à soi-même, se victimise puis trouve un autre problème pour se reposer là-dessus. J’ai aussi ressenti ça lorsque j’ai vu pour Shin Seiki Evangelion pour la première fois (ou même l’intégralité des oeuvres de Anno si l’on enlève Cutie Honey et Godzilla); je l’ai vu à un âge où le doute, le manque de confiance auprès des adultes est de plus en plus justifiée, le paraître et la peur des autres sont leurs seules raisons. Lors de la coupe du Monde de 2014, en pleine période de Ramadan; mon père jeûnait le jour puis buvait le soir. Je voyais les paradoxes partout, mais je n’étais pas encore conscient des miens… ou peut-être trop au final.
Le manque d’oseille me rend fou, j’ai tellement plus rien que j’aurai bien voulu récupérer le reste d’argent du porte-monnaie d’une vieille qu’on avait trouvé à l’époque du lycée; il y avait 40 euros, on avait pris 20 pour un kebab pour tout le monde, le manifeste du parti communiste était rangé dans mon sac pour une raison j’imagine. C’est encore plus fou d’être pauvre quand on fait de la musique ou tout autre art de bourgeois. Je me suis réveillé entre une sévère envie de pisser mais aussi de me masturber; j’ai préféré swiper sur Instagram, voir si mes amis existent encore, combler ce vide plus si trop existentiel. Les vidéos de chat me réaniment, des thirst traps aliénants puis un article de wired sur Geese que j’ai complètement survolé. C’était apparament une analyse selon laquelle le groupe a eu un succès qui n’était pas tant récolté par l’amour des fans mais plus par le plan marketing derrière. Oui, et le ciel est bleu ? Geese et Cameron WInter ne m’intéresse pas tant que celà, à part être un énième zombie chiant mais bien fait de radiohead (comme le rock ne s’est pas réinventé depuis la fin des années 90) et un rappel qu’une belle fille australienne m’avait fait écouter heavy metal et que j’avais trouvé ça plutôt plaisant à l’époque. Ce n’est pas la première fois que l’on voit une scène soi-disant alternative et indépendante façonnée par des gosses de riches, c’est d’ailleurs pour ça que j’écris maintenant. Je parle à toi, ami.e.s passionnées de musique bizarres qui vit dans l’appartement de papa et maman à Paris, Londres, New York; je te suggère de m’envoyer un mail à cette adresse et me donner une avance pour que je puisse briller de ma vie de connard pseudo-artsy qui ne veut pas travailler.
stoned soul picnic — 2026